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mardi 20 décembre 2011

Nos professeurs réfléchissent sur la création : un texte de Kateri Lemmens

Publication de : - Kateri Lemmens, « Pourquoi écrire ? » in Blanca Navarro Pardinas et Luc Vigneault (dir.), Après tout, la littérature. Parcours d’espaces interdisciplinaires, Presses de l’Université Laval, 2011 : 227-234. http://www.pulaval.com/catalogue/apres-tout-litterature-parcours-espaces-interdisciplinaires-9665.html
 Résumé : « Se demander « Pourquoi écrire ?», c’est, au-delà de toute considération sur l’esthétique d’un écrivain, au-delà des processus créateurs qui lui sont propres, questionner le choix volontaire de l’écriture littéraire. C’est questionner l’éthique (comme auto-détermination morale) d’un créateur. Mais alors, pourquoi écrire ? Pour, en affirmant la puissance de l’imaginaire, faire de son œuvre une affirmation vivante de la grandeur de la liberté humaine (comme l'expriment les oeuvres de Stig Dagerman, Luc Ferry ou Thierry Hentsch) ? Pour sauver le réel, le recréant hors des griffes du temps, pour trouver dans la fiction un prolongement de la vie vécue ou une expiation devant le drame du temps (une seule vie, imprévisible, maladroite, dans laquelle il est impossible de revenir en arrière), comme le suggère le personnage de Briony Tallis dans Atonement de Ian McEwan ? Pour apprendre à vivre (et, de fait, apprendre à mourir) en se réconciliant « avec soi-même, les autres et le monde » (Yvon Rivard) ? Pour créer un lieu qui soit un refuge ordonné ou pour générer cette lumière singulière que procure la beauté ou la connaissance ? Pour, en nous faisant méditer ou penser, nous « aider à comprendre le monde [et sa complexité] et à y vivre » (Nancy Huston) ? Pour témoigner de « la friction entre le monde et la littérature » (Stig Dagerman) ? Pour rendre au prochain (lecteur) ce que l’autre (ceux que nous avons lus) nous aura jadis donné : ébranlement (comme l'écrivent Wajdi Mouawad ou Jan Patočka), enchantement (pour reprendre le mot de Gabrielle Roy) ? Voici le questionnement qui guide cet essai où s'entremêlent la pensée philosophique et la méditation littéraire. »

vendredi 16 décembre 2011

Invitation à participer à un colloque sur la création

Vous êtes invité à participer à un colloque sur la création littéraire, colloque intitulé "Portrait de l'artiste en intellectuel : enjeux, dangers et questionnements". Ce colloque s'intéresse plus particulièrement à la posture intellectuelle chez l'écrivain ; le tout, évidemment, peut être réfléchi de diverses manières.

Ce colloque est organisé par Neil Bissoondath, professeur de création littéraire à l'Université Laval et Benoît Doyon-Gosselin, professeur en études littéraires, ainsi que par deux étudiants des cycles supérieurs. L'événement se tiendra les 26 et 27 octobre 2012, à Québec. Vous avez jusqu'au 1er mars pour faire parvenir votre proposition, à l'adresse suivante : cassie.berard@lit.ulaval.ca. Communiquez avec cette adresse pour obtenir la description détaillée du thème du colloque

mardi 13 décembre 2011

Camille Deslauriers publie un second recueil de nouvelles, Eaux troubles

Camille Deslauriers a été engagée le 1er juin 2011 au Département des lettres et humanités de l'Université du Québec à Rimouski en tant que professeure de création littéraire. Son deuxième recueil de nouvelles Eaux troubles est paru chez L'instant même le 23 août 2011.

La naissance du recueil Eaux troubles a été déclenchée par un projet collectif d'écriture de l'Université de Sherbrooke intitulé Dans toute université, une école veille… Une contrainte d’écriture était émise : le sujet des nouvelles devait être l'école. Camille Deslauriers a comme processus d'écriture de créer un personnage à partir duquel la nouvelle prend forme et se concrétise. C'est ainsi qu'est né un personnage adolescent, duquel a découlé « Cent quatre-vingt degrés », le texte initial du recueil Eaux Troubles.

Une demande lui a par la suite été adressée : Christiane Lahaie, nouvellière, romancière et théoricienne littéraire, lui a commandé une nouvelle inédite ayant comme contrainte spatiale le Pont Jacques-Cartier, afin de réaliser une étude sur les procédés de spatialisation dans les nouvelles. Mme Deslauriers n'a pas trouvé cette tâche très facile, se voyant obligée de traiter d’un lieu déjà bien connu. « J'ai l'habitude de situer mes nouvelles dans des lieux imprécis, l'action se déroule ici et nulle part, dans un espace universel. »

Une fois ces deux nouvelles achevées, le désir d’écrire un recueil a émergé, et Camille a fait une demande de bourse au Conseil des arts et des lettres du Québec. La visée du projet s'est définie lors de cette demande de bourse, par un recueil de nouvelles avec des personnages adolescents récurrents et des thèmes liés à l'adolescence, tout en prenant grand soin de ne pas tomber dans les clichés. L'écrivaine a commencé officiellement la rédaction de son recueil suite à la réception de la bourse du CALQ en 2006.

Eaux troubles met donc en place des personnages adolescents qui évoluent en banlieue montréalaise, dans une école imaginaire. « Je me suis basée sur ce que j'ai retenu de l'époque où j'ai habité Brossard et Longueuil, de mon expérience à l'école privée et publique, de bribes de conversations entendues », explique l'écrivaine. Les nouvelles du recueil ne mettent pas seulement des étudiants en scène mais également des professeurs. Un rapport aux arts, autres que la littérature, est également traité à travers les personnages qui habitent un double espace-temps.

Vous pouvez vous procurer Eaux troubles en libraire au coût de 16,95 $, ou en version PDF, pour 13 $ (ISBN 978-89502-657-0). Pour feuilletez le livre, veuillez consulter : http://www.instantmeme.com/ebi-addins/im/ViewBooks.aspx?id=2819

Aggie Perrin

Tiré de UQAR Info, 19 octobre 2011, http://www.uqar.ca/uqar-info/camille-deslauriers-une-nouvelle-ecrivaine-dans-les-rangs-de-luqar/

mardi 6 décembre 2011

Dits et inédits: Ma mère... de Camille Deslauriers

Ma mère au ventre comme un caillou
Camille Deslauriers
Extrait du recueil inédit À demi-mot
Ma mère est une loupe.
Ma mère est une loupe à travers laquelle je regarde la vie – et mon panier d’épicerie.
Maltodestrine, sirop de maltitol, glycérine, sorbitol, amidon de maïs modifié, arôme artificiel, lait écrémé en poudre, substances laitières modifiées, sel, colorant, sorbate de potassium, phosphate de sodium, citrate de sodium, sucralose. Ma mère est cette lentille grossissante à travers laquelle je lis les étiquettes.
Sucralose, glycérine, sorbitol, sirop de maltitol, les mots roulent dans ma bouche comme des bonbons mous et je salive et ils fondent, et j’imagine le caramel coulant sur mon lait glacé à la vanille – et j’engraisse déjà, et j’entends la voix de ma mère qui m’ordonne de reposer cela sur la tablette, y as-tu pensé combien de calories dans cette horreur, cela, le sirop à saveur de caramel pourtant sans gras sans sucre ajouté que je m’apprêtais à déposer dans mon panier et qui me brûle maintenant les mains comme une lave infernale.
10 mg de sucralose par portion de 30 ml. 90 calories dans deux cuillerées à soupe. 8% de glucides par 24 g.
Dire que j’ai failli.

Ma mère est un scalpel.
Ma mère est un scalpel, un miroir déformant qui m’habille en veuve, me sculpte de l’intérieur, m’ordonne d’enfiler cette robe noire qui me fait bien, ça t’amincit, qu’elle m’a dit, l’autre jour. Tous les matins, dans mes yeux son regard, son regard dans mes orbites tous les matins, avec minutie je m’observe, ces seins de poires, ces fesses en peau d’orange, ce ventre de pomme, tous les matins, j’imagine la métamorphose : mon corps nu qui se liquéfie dans la glace, Les Trois Grâces qui muent et me montrent comment – il suffit de manger des fruits, de Rubens à Giacometti, dans mon miroir, toutes les femmes du monde s’amalgament en un mince filet d’eau. Une larme.

Ma mère est un immense corset.
Ma mère est un immense corset qui m’enserre et m’étouffe, pendant que je promène mon panier, essoufflée, entre les allées. Vite passer devant les croustilles sans même regarder les sacs, ma mère est un corset qui pèse et soupèse chacun des kilos potentiels qui s’accumulent sur mon corps de grosse, j’entends la voix de ma mère comme un écho perpétuel qui se répercute dans chacun de mes gestes, et je remets le sac de Ficello sur son crochet et c’est toute mon enfance qui est pendue là, sur le présentoir, avec lui, rentre ton ventre, serre tes fesses, le guide alimentaire canadien est un mensonge national qu’on perpétue de génération en génération.
Et je biffe. Beurre, crème 35%, pain, céréales, fromage, patates, poulet. Biffe un à un les items honnis sur ma liste d’épicerie recto-verso. Des patates, franchement ! Dire que j’ai failli.

Marche arrière. En mode loupe, je refais l’épicerie à l’envers. Orville Redenbachers gardera son maïs à saveur de beurre, Aunt Jemima gardera ses crêpes, M. Christie gardera ses biscuits.
Et ma liste s’amincit de rangée en rangée, et je tourne la page du calepin pour oublier que j’ai failli, des patates, franchement. Je recommence à zéro, ma liste d’épicerie redevient vierge et pure, blanche comme les meilleures intentions du monde, blanche comme la robe de mariée de ma mère qui ne m’a jamais fait même quand j’avais dix ans, blanche comme du pain blanc qu’on refuse poliment, blanche comme ma vie triste et morne d’ascète, blanche comme le sein de ma mère.





Enfin, j’arrive à la caisse.

Mon panier presque vide.

Ne reste plus qu’une laitue frisée rouge, trois pamplemousses, du céleri. Et un kilo de citrons.

Assez pour survivre une semaine.

D’ailleurs, qu’importe. J’ai ma mère au ventre comme un caillou qui me coupe l’appétit.

Ma mère est une loupe.

Et j’ai l’âme calcinée à force de me regarder vivre.