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mardi 22 novembre 2011

Dits et inédits: "Tant de persistance" de Louis Hébert

Tant de persistance

Un éclair malveillant passa dans les yeux du bonhomme de neige au moment où je subtilisai sa lame et la plaçai sur ma carotide. Furax sans son aligneur de neige, il ne chantonnait plus ses « Doum di loum doum » agaçants. Mourir aux mains d’un bonhomme de neige. Ridicule. Ferai plutôt demi-suicide, suicide forcé. Le bonhomme répondit, pourtant tristement, de sa langue sans contractions. « Notre mort nous paraît toujours irdicule. Mourir aux mains de un bonhomme de neige ne est pas plus irdicule que parce que on se est fourni de mauvaise source en pilules losanges bleues, ou que on a la langue collée au poteau métallique, baiser d’exercice, dans la cour de école désolée… » Il termina comme de souvent d’un fragment insondable, reliquat de sa narcose délirante. « … Encore que de la mouffette la invicible urine : sinon quoi d’autre ? » Mais n’avait pas assez de 250 mots pour me convaincre, aussi j’appuyai sur la lame pour trouver l’autre mort. Et tandis qu’il me soutenait dans ses bras, je voyais les gouttes de mon sang fumant sculpter dans sa neige des écrins tubulaires. « Que as-tu fait, mon Doum di loum doum, mon fils, mon frère, mon frils ? » Et il me pleurait aux cheveux de l’eau de neige… Mais moi je étais tout à ma joie de ne pas finir comme lui, enneigé vivant ou, en langage non bonhommèsque – si fade comme sur la langue le goût des flocons –, enterré vivant.

Louis Hébert, « Tant de persistance », nouvelle présentée par le candidat malheureux dans le cadre d’un concours de Radio-Canada avec les contraintes suivantes : que la nouvelle commence par les mots en gras et se termine par les mots en gras, qu’elle ne dépasse pas 250 mots.

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